Or fièvre
GUADELOUPE
Jepherson Guillaume
PITCH
Pointe-à-Pitre, autrefois la célèbre capitale où prospéraient des centaines de bijoutiers, est devenue silencieuse. Ceux qui restent sont traumatisés par la violence. Les fameuses cuisinières, ces femmes qui se paraient de beaux bijoux avant d’aller au marché, ont disparu. L’or n’orna plus les poitrines comme autrefois.
Mais l’or n’a pas disparu. Il a changé de poitrine.
Aujourd’hui, ce sont les jeunes hommes qui le portent plus lourd, plus visible, plus dangereux. L’or a basculé des femmes vers les jeunes, des marchés vers les quartiers, de la fierté discrète vers la provocation urgente.
Chez Maxo, mythique joaillier de cette ville en déclin, trois générations racontent ce basculement. Grand-mères qui l’accumulaient en silence, parents qui l’acquéraient pour la respectabilité, jeunes qui le revendiquent comme droit d’exister. Mais chaque jour coûte du sang.
À chaque mort causée par une chaîne, on mesure l’absurdité : la vie d’un nègre ne vaut que quelques grammes d’or.
Certaines chaînes sont montées, protégées par les ancêtres contre une violence très réelle. D’autres brillent comme ultime acte de rébellion contre un État qui nie.
L’auteur
Jepherson Guillaume est un filmmaker guadeloupéen dont le cinéma naît d’une conviction : les histoires les plus locales sont les plus universelles. Il documente la Guadeloupe non pas comme exotisme, mais comme miroir de l’expérience humaine, celle des opprimés, des invisibles, des réinventés.
Sa motivation est simple : montrer que les voix caribéennes ne parlent pas seulement aux Caribéens. Elles parlent au monde. Car notre histoire esclavage, métissage, survie spirituelle est l’histoire de l’humanité décolonisée.
Réalisateur, Jepherson a créé Mofwazé un documentaire sur l’émancipation de la femme Guadeloupéenne et développe des formats de fiction ancrés dans le patrimoine.