Gisèle Pineau présidera le jury du Fifac 2026
L’équipe du FIFAC, Festival International du Film documentaire Amazonie Caraïbes, et ses partenaires ont le plaisir de vous annoncer que Gisèle Pineau, écrivaine guadeloupéenne à l’origine d’une trentaine de romans, sera la présidente du jury de la compétition officielle de cette 8ème édition du FIFAC.
Le festival aura lieu du 6 au 10 octobre 2026 à Saint-Laurent du Maroni, en Guyane.
Le FIFAC est une sélection internationale de films issus des Caraïbes et de l’Amazonie, ainsi qu’un lieu de partage, de découvertes et de rencontres professionnelles. Il contribue à faire rayonner les regards et les récits de ces territoires et à faire émerger un écosystème du film documentaire en tissant des liens entre les professionnels et les différents métiers du secteur.
PRÉSIDENTE DU JURY
Gisèle Pineau
Écrivaine - Guadeloupe
Écrivaine guadeloupéenne reconnue, Gisèle Pineau est l’auteure d’une trentaine de romans. Elle a commencé à écrire à l’âge de dix ans, portée par le besoin de raconter les siens et construire des mondes imaginaires. Ses livres explorent la condition des humains dans l'exil et la migration, la violence ordinaire, les secrets de famille, les héritages invisibles et le poids du passé. Dans son écriture, les mots font surgir des visages, des paysages, des images et des scènes habitées par des personnages d'ici et d'ailleurs. Lauréate de plusieurs prix littéraires, ses ouvrages ont été traduits en une dizaine de langues. Le regard sensible et engagé de Gisèle Pineau interroge sans cesse les liens entre les peuples et les individualités, entre la fiction et le réel, entre la grande Histoire et les petites histoires intimes et familiales.
Pour elle, le film documentaire et le roman se rejoignent en de précieux espaces de création et de lumière. Gisèle Pineau accompagnera avec exigence et humanité les délibérations du jury du Festival FIFAC 2026.
Gisèle Pineau sera entourée de quatre jurés aux parcours complémentaires et précieux.
Véronique Chainon
Réalisatrice et productrice
Guyane
Née en région parisienne d’un père guyanais et d’une mère guadeloupéenne, Véronique Chainon grandit entre plusieurs territoires avant de choisir de s’installer en Guyane à l’adolescence. Formée à l’ESRA à Paris puis à La Fémis, elle débute comme conceptrice-réalisatrice avant de s’orienter vers la production.
En 2006, elle crée Bérénice Productions, puis fonde en 2014 Bérénice Médias Corp. (BMC). Depuis près de vingt ans, elle développe et produit des œuvres profondément ancrées en Guyane, en Amazonie et dans la Caraïbe, portées par une attention particulière aux récits humains et aux voix encore peu représentées à l’écran. Plusieurs de ses productions ont été sélectionnées et distinguées dans des festivals internationaux.
Théo Esparon
Docteur en études cinématographiques, université Paris-Nanterre
France hexagonale
Né d’un père réunionnais, Théo Esparon est docteur en études cinématographiques. Auteur de L’Attrait de la fête foraine (2022), il a travaillé sur le cinéma classique hollywoodien et a enseigné l’histoire du cinéma, notamment à l’université Paris-Nanterre. Il est collaborateur aux Cahiers du cinéma et ses dernières publications concernent le cinéma dans les territoires ultramarins, leur esthétique et leur production. Il participe actuellement à l’écriture d’un documentaire sur l’histoire de ces cinémas avec la réalisatrice Euzhan Palcy.
Ayana O’Shun
Réalisatrice, scénariste, productrice, actrice
Canada
Réalisatrice, scénariste, productrice et actrice, Ayana O’Shun développe un cinéma d’auteur ancré dans le réel, où les questions d’identité, de mémoire et de transmission prennent une résonance universelle. Son premier long-métrage documentaire, Le Mythe de la femme noire, lauréat du prix Magnus Isaacson aux RIDM, a été présenté dans de nombreux festivals, de New York à Berlin, en passant par Toronto, Cannes et Stockholm, avant de devenir le documentaire québécois au meilleur box-office de 2023. Avec La Fête des pères (2025), récompensé dans plusieurs festivals internationaux, elle poursuit une œuvre qui interroge les liens entre l’intime et le collectif. Elle termine actuellement son premier long-métrage de fiction, dont la sortie est prévue en 2027.
Axel Shanga Lafleur
Producteur
Guadeloupe
Axel Shanga Lafleur, producteur, est né à Nanterre d’une mère guadeloupéenne et d’un père martiniquais. À 17 ans, il part à Londres pour découvrir le monde. De retour en Guadeloupe, il débute dans l’audiovisuel et le cinéma comme régisseur sur la série Death in Paradise. Il devient ensuite repéreur, assistant réalisateur et directeur de casting sur de nombreux projets, des séries aux longs-métrages.
Il collabore avec plusieurs cinéastes caribéens, dont Sarah Malléon, Enricka Moutou et Nelson Foix, sur des œuvres multiprimées comme Doubout’, Dorlis et Timoun Aw.
Avec Nelson Foix, il fonde Black Moon Films à Pointe-à-Pitre et coproduit Ici s’achève le monde connu et Zion, premier long-métrage du réalisateur. En 2026, il développe plusieurs projets caribéens, dont un long-métrage et une série, convaincu de la richesse créative des territoires.
Le samedi 10 octobre se tiendra, au Camp de la Transportation à Saint-Laurent du Maroni, la soirée de clôture, au cours de laquelle le jury aura la responsabilité de décerner deux prix :
- Le Grand prix FIFAC - France Télévisions, meilleur film documentaire (long-métrage) ;
- Le Prix du meilleur court-métrage documentaire
ENTRETIEN AVEC GISÈLE PINEAU, PRÉSIDENTE DU JURY
Écrivaine guadeloupéenne reconnue, Gisèle Pineau est l’auteure d’une trentaine de romans, traduits en une dizaine de langues. Son dernier roman, La vie privée d’oubli, roman où se tissent les vies de femmes et d’hommes reliés par un héritage invisible de douleur, a été publié en 2024 aux éditions Philippe Rey.Son approche d'écrivaine sensible et engagée portera sur les films documentaires un regard avisé et éclairant.Entretien.
Pourquoi avoir accepté de présider le jury de cette 8e édition du FIFAC ?
C’est sans la moindre hésitation que j’ai accepté de présider le jury de cette 8e édition du FIFAC. Je crois que, plus que jamais, en ce 21e siècle où le virtuel s’impose partout dans nos vies, nous avons besoin du film documentaire qui éclaire et alerte sur l’état du monde en ses recoins les plus obscurs, qui témoigne, donne la parole, fait entendre des voix singulières.Comment envisagez-vous votre rôle de présidente du jury ?
En tant que présidente, je m’attacherai à être à l’écoute de chaque membre du jury. Et je demanderai à chacune et chacun d’adopter la même attitude bienveillante et respectueuse. Je voudrais que nous cultivions la plus grande honnêteté lors de nos débats. Chaque film devra être visionné dans son intégralité et apprécié selon une grille que nous validerons ensemble.En tant qu'écrivaine, comment appréhendez-vous le film documentaire, qui passe aussi par une phase primordiale d’écriture ?
Je suis écrivaine. J’aime les mots, la beauté de la langue. Écrire est mon mode d’expression favori. Mon écriture se nourrit de mes observations, des questions sociétales, de la grande Histoire et des petites histoires intimes et familiales. Dans mes romans, mes personnages d’encre et de papier sont inspirés du réel, de l’humain, des récits de vie, des infinies réalités de personnes de chair et de sang. J’ai exercé pendant trente-sept ans le métier d’infirmière en psychiatrie.
Dans la littérature, il y a la forme et le fond. Ce que j’écris doit être beau. Mais, je veux surtout dire quelque chose qui me semble important. Je veux toucher au cœur celle et celui qui lit. Je voudrais changer son regard s’il ou si elle a des préjugés. Je voudrais l’informer d’une situation s’il ou si elle est dans l’ignorance. Écrire est pour moi un engagement. Tous ces mots doivent servir à quelque chose. Le lecteur ou la lectrice doit s’interroger et poursuivre sa réflexion à la fin de sa lecture. Je pense qu’il en est de même au terme du visionnage d’un film documentaire. Je dois dire que les mots sous ma plume ont toujours porté des images, des paysages, des visages. Dans chaque page, je suis à la recherche de ces images. Dans le film documentaire, il me semble que les mots précèdent pareillement les images.
La thématique de l’exil traverse votre œuvre, de L’Exil selon Julia aux récits de migration plus contemporains. Chez vous, il semble être à la fois un déplacement géographique, une expérience intime et une question d’appartenance : comment trouver sa place lorsqu’on est toujours, d’une certaine manière, entre deux terres, deux histoires, deux identités ?
Il est vrai que les personnages de mes romans sont souvent confrontés à l’exil. Le thème est incontournable et récurrent chez de nombreux écrivains et écrivaines des Caraïbes, descendants de peuples lointains asservis, déportés, colonisés aux quatre coins du monde. Je viens de cette histoire. Je m’intéresse à l’humain derrière les chiffres approximatifs et la masse sans visage. Avec mes mots, j’ai besoin de montrer l’humain – hier comme aujourd’hui - quittant un monde connu pour arriver quelque part où tout est différent. J’ai besoin de creuser encore et encore ce sujet.
Tous les jours, on voit des migrants sur nos écrans. Ils fuient un pays en guerre, leur terre dévastée par une catastrophe naturelle, un séisme, un ouragan, la montée des eaux... Ils cherchent un toit ailleurs. Cherchent un moyen de vivre décemment. Nous ne connaissons pas leurs noms. Nous les voyons marcher dans des forêts, des déserts. Des milliers. Ils payent des passeurs. Se font violer, tuer, arnaquer. On a entendu dire qu’ils attendent des papiers. Ils embarquent dans des rafiots. Ils nagent pour atteindre des côtes. Ils meurent dans des océans. Qui entend réellement leurs cris ? Ensuite, ceux qui arrivent doivent s’adapter. La langue, les codes, la couleur, l’accent, le rejet, les insultes...
Le film documentaire comme le roman n’a pas fini de raconter l’humain à travers les portraits d’hommes, de femmes et d’enfants confrontés à ces situations extrêmes.Le FIFAC met en avant des productions cinématographiques issues de la Caraïbe et de l'Amazonie. Ces territoires sont encore souvent regardés depuis l'extérieur comme des espaces « exotiques ». Comment les raconter sans reproduire ce regard extérieur ?
Nous ne sommes plus à l’époque des cartes postales. Les créateurs, artistes, écrivains, réalisateurs issus des Caraïbes ont depuis longtemps fait le choix de donner à voir la dureté de nos réalités.