La Newsletter du FIFAC #5

La Newsletter du FIFAC 5

La Newsletter du FIFAC #5

Tous les jours, découvrez la newsletter du FIFAC. C’est déjà la fin… Cinquième journée, le portrait de Patrick Chamoiseau, Président du Jury du FIFAC, le programme de la journée et l’interview de Christophe Yanuwana Pierre, réalisateur Kali’na.

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Edito

A la veille du palmarès, les premiers bilans commencent à circuler dans les coursives du bagne. Nous atteindrons sans doute, au bas mot les 2500 personnes en fréquentation publique, sur la semaine. Nous avons accueilli environ 180 professionnels, qu’ils soient diffuseurs, producteurs, réalisateurs, artistes, journalistes, sans compter les représentants officiels de nombreux pays de la zone Amazonie-Caraïbe. N’oublions pas non plus l’incroyable participation des lycéens et collégiens qui sont aussi venus ponctuellement participer à l’événement. A première vue, cette édition est d’ores et déjà un succès.

Ce soir nous avons rendez-vous sous le manguier pour découvrir le film en écran parallèle Césaire contre Aragon, réalisé par Guy Deslauriers, écrit par Patrick Chamoiseau. Sans aucun doute, un pur moment de poésie.

Samedi 19 octobre, nous publierons un premier bilan « à chaud » du festival mais aussi le palmarès dans son intégralité. Nous inviterons les jurés à nous livrer leurs intimes convictions, celles qui ont permis de délivrer l’ensemble des prix.

Nous vous souhaitons une belle journée, et une belle soirée. Guyane la 1ère sera là pour une retransmission en direct.

Regardons, et n’oublions pas de penser.

MD

Le portrait du jour : Patrick Chamoiseau

Ecrivain français originaire de Martinique, Patrick Chamoiseau est auteur de romans, de contes, d’essais, un théoricien de la créolité. Il est présent cette semaine au FIFAC en tant que président du jury du Grand prix du festival.

FNL : En tant qu’écrivain, qu’avez-vous envie de transmettre aux jeunes générations ?

PC : Un écrivain c’est un artiste qui dispose d’une sensibilité particulière que l’on peut appeler une esthétique. C’est une conception du beau qu’il développe, dans sa pratique. L’esthétique est importante parce qu’elle nous permet d’échapper au prosaïque de l’existence et surtout aux laideurs, aux horreurs, aux pauvretés, aux insuffisances, à la simplification. Chaque fois qu’il y a un surgissement de beauté on a une sorte de révélation d’une partie du réel qui est beaucoup plus profonde, beaucoup plus invisible et beaucoup plus éclatée. Quand le réel est perçu avec beaucoup plus d’amplitude l’imaginaire s’amplifie. L’artiste ne transmet pas une vérité mais une expérience au monde.

FNL : De l’écriture aux images, comment un événement comme le Fifac peut favoriser l’émancipation et la reconnaissance des peuples ?

L’homo sapien, vivait dans un écosystème naturel. Toutes les cultures des amérindiens, des bushinengues, tous les peuples que l’on peut appeler les peuples premiers vivaient dans un écosystème nature. C’est avec ça que toutes les civilisations de la planète se sont constituées. Puis s’est déployé un autre système qui est l’écosystème urbain. Vous êtes les enfants de la ville, vos modes de connaissance sont des mode de connaissance urbaine.

Il y a un troisième écosystème qui apparaît c’est celui du numérique qui est en train de se développer et de tout avaler. La chose la plus puissante dans ce système numérique c’est l’image. La suprématie du mode de vie américain, vient très largement du cinéma 

américain (…). L’image est importante, si dans ce flux d’images numériques, la Guyane, les peuples comme les nôtres n’ont pas d’images, n’ont pas de cinéma, ne produisent pas leur propre image, ils vont consommer les images des autres, ils vont dessécher leur imaginaire, l’aliéner. Il faut que nous puissions habiter les systèmes numériques et il y a plusieurs manières de les habiter. Cela me paraît essentiel que l’on puisse développer, ici à SLM, à Cayenne, à Fort de France (…) des écoles de cinéma pour exprimer l’expression de nous-mêmes à travers et avec les images.

Le FIFAC permet d’amplifier la créativité et l’imaginaire ce qui déclenche un processus d’épanouissement individuel et collectif. C’est pourquoi un festival comme celui là est primordial à mes yeux.

FNL : Sans dévoiler quoi que ce soit à propos de la sélection du festival et des films en compétition. En tant que Président du jury, pouvez-vous nous donner une perception de l’ensemble de la programmation. Quelle suite vous envisagez après ça ?

C’est une programmation formidable. Le documentaire qui correspond à mon esthétique, est celui qui va traiter de l’état du monde et de ses grandes problèmatiques, on retrouve ça dans tous les documentaires présents ici. Il y a cependant 2 pôles : le reportage où l’on transmet les informations et il y a l’oeuvre d’art qui ne va pas donner de discours pédagogique, ni d’explication un peu littérale. L’oeuvre d’art va faire vivre une situation dans sa complexité. A la fois une situation collective, le peuple, le monde et une situation personnelle, un individu dans sa matière la plus profonde, dans son humanité. Quelque chose qui témoigne de l’humaine condition. Lorsqu’un documentaire arrive à faire tout cela et à passer de l’information en même temps on a une oeuvre d’art. Cela résume le travail du jury : nous cherchons l‘oeuvre d’art.

Manaée Pancrate-Brunel, Pricella Pinas assistées de Nicole Bargigli et Marianne Doullay

Le pouvoir des images

Christophe Yanuwana Pierre se lance pour la première fois dans la réalisation de documentaires et décide à travers « UNt les origines » de nous faire redécouvrir l’univers autochtone, au-delà des généralités. De manière ambitieuse, il ancre son témoignage dans les mémoires en se livrant sur la culture Kali’na et la signification que détient son film pour son peuple et son village.

FNL : Vous racontez, à travers ce documentaire, votre propre histoire. Quelle a été la raison de ce choix ?

CYP : C’est comme ça que l’on raconte des histoires chez nous, on part toujours d’un point de vue qui est le sien puisque l’on se trouve à un endroit du monde et notre regard est incapable de couvrir toute une surface. Ça vient d’un ressenti également, personnel et individuel mais aussi apte à s’adapter à un jeune faisant parti d’une communauté. Mais d’une certaine manière, ma réalisation avait besoin que j’en sois une partie intégrante.

FNL : Pensez-vous que tous les amérindiens s’y identifieront ?

CYP : Il y a plusieurs choses, dont deux primordiales, qui me permettent de l’affirmer : le fait que le film soit complètement en langue kali’na, ce qui a énormément plu aux anciens car pour la première fois ils arrivaient à en comprendre le contenu du début jusqu’à la fin. Beaucoup écrivent sur nous sans prendre en compte l’essentiel : nos aînés ne savent pas lire. C’est ce qui rend ce côté-là du cinéma intéressant : l’art d’utiliser le son et l’image dans le but de ressentir des émotions, raconter une histoire. Il y a des jeunes amérindiens qui ne sont pas forcément sensibles à la culture et qui arrivent à s’y identifier malgré tout parce qu’ici, le regard anthropologique n’y a pas sa place. En parlant de moi, je crée une individualité qui possède tout de même une trace d’universalité. On est tous confrontés, à un moment donné, à la perte d’un proche que l’on aime et nos différentes perspectives de la mort, du deuil, du suicide voire de la renaissance, sont un moyen de se reconstruire.

FNL : Quels messages cherchez-vous à faire passer à propos des autochtones ?

CYP : Réaliser un film est déjà un geste politique en soi. Aujourd’hui, s’emparer d’une caméra, d’un ordinateur, d’un micro et tenter de faire vivre une réalité ou un rêve, c’est ancrer la vision amérindienne du monde, qui pour l’instant est inexistante. Puis dans le contenu, je cherche à pousser au questionnement : comment on se reconstruit ? Qui sommes-nous ? Comment sommes-nous arrivés là ? Qu’avons-nous envie de faire ? Et finalement, ce documentaire, qui m’a pris plusieurs années, ne véhicule réellement ni réponse ni message. J’offre juste une introspection et un réconfort qui consiste à dire que la quête de soi est un cheminement normal mais aussi indispensable.

FNL : Nous savons que votre but premier était de raviver les traditions de la culture amérindienne. Qu’en est-il cependant de l’effet souhaité sur les autres cultures ?

CYP : J’ai eu l’occasion de présenter « Unt » à de nombreux endroits, tels que l’Encre, Mana et plusieurs villages qui regroupaient des élèves de différentes origines. C’est à travers l’univers que nous avons créé avec l’équipe de tournage, que l’on a réussi à imposer notre point de vue avec le choix des images, la lenteur des plans, la musique mais surtout le silence. Contrairement aux films de notre époque, nous avons décidé de dénuer le générique final de son, afin de pousser les spectateurs à être dans le recueillement et la réflexion. En Guyane, nous avons l’habitude de confondre le reportage et le documentaire, mais dans ce cadre-là, c’est bel et bien de l’information, du vécu : il s’agit d’aborder le sujet du mal-être de l’amérindien à travers le mien. Puis j’invite également la population guyanaise, en tout cas la jeunesse, à raconter elle-même ses propres réalités sans s’handicaper. Car jusqu’à présent, ce sont les autres qui écrivent à notre sujet, alors pourquoi ne pas chercher à le faire de notre plein gré puis élargir notre projet à des cultures extérieures ? Ce serait même intéressant, par exemple, de montrer aux enfants guyanais comment les enfants métropolitains se rendent à l’école. Enfin, il faut chercher à rééquilibrer les généralités que l’on peut avoir les uns aux autres, car si l’image de ta personne est produite par l’autre, ce dernier ne t’impose-t-il pas ce que tu dois être ?

FNL : Votre production pourrait-elle être un outil contre le projet de Montagne d’Or ?

CYP : Pas intentionnellement, mais c’est possible qu’elle l’ait été. Cependant, ce qui est certain, c’est que ce documentaire est une manière de prouver que notre avis n’a pas moins de valeur. Dans le cadre du projet « Montagne d’Or », ils n’ont pas cessé de mettre en avant les avantages que ce dernier aurait dans le domaine du travail en pensant que cela nous conviendrait. Ce qui n’était évidemment pas le cas. Notre priorité reste l’eau car c’est un besoin vital peu importe l’endroit d’où nous venons. Leur donner notre autorisation reviendrait à leur laisser détruire ce que l’on a de plus cher.

Propos recueillis par LaurieAnne Antoine et Honorine Huvelle

Le FIFAC : public et lycéens favorables à une 2ème édition ?

De nombreux professionnels et visiteurs ont été conviés au festival international du film documentaire Amazonie-Caraïbes durant ces cinq derniers jours. Afin de leur faire découvrir l’univers du cinéma et de l’audiovisuel, le camp de la Transportation de Saint-Laurent du Maroni les a accueillis, avec, au programme, diverses projections et conférences. Nous avons décidé de nous intéresser particulièrement au ressenti du public et des lycéens, qui font également partie intégrante de l’évènement.

Permettant à la fois une initiation à l’utilisation des médias, ainsi qu’un approfondissement de la connaissance de l’Amazonie-Caraïbe ; le FIFAC représente une grande opportunité pour les professionnels comme pour les amateurs de cinéma. Les élèves des lycées de Mana et Rémire-Montjoly, présents tout au long de la semaine sur le camp, désigneront le Prix des lycéens ce soir.

Chacun s’attendait à un emploi du temps très chargé dès le premier jour avec un foisonnement de public et de professionnels. Ce n’est qu’au fil des jours que l’ambiance s’est enfin dévoilée. Ils sont aujourd’hui reconnaissants envers les organisateurs du FIFAC qui leur ont permis de vivre cette expérience, en rencontrant divers professionnels du métier et les laissant ainsi découvrir le milieu du cinéma. « Je sais maintenant comment le monde de l’évènementiel lié à celui du cinéma fonctionne et pour un premier festival, c’était génial. Je pense que c’est une bonne expérience à vivre» dit Léa Brodin, élève du lycée Lama-Prévot.

Le public s’attendait à trouver plus d’interaction entre amateurs et professionnels. Certains proposant même des idées d’animation entre chaque projection telles que des jeux ou des concours de réalisation de court-métrage au sein du camp, afin de rendre le FIFAC plus interactif.

Un public très éclectique : amateurs de cinéma, touristes en visite sur le territoire, journalistes et locaux. Principalement informés par le bouche à oreille et les affiches recouvrant la ville de Saint-Laurent, de nombreuses personnes se sont rassemblées ici en espérant trouver une ambiance conviviale et des projections en plein air réussies. Les avis de chacun à l’endroit du FIFAC divergent : certains, bien que le concept international leur ait énormément plu, recherchaient ici davantage de documentaires mettant en avant le territoire de la Guyane.

D’autres pensaient trouver une meilleure infrastructure d’accueil (les toilettes) et auraient apprécié plus de projections dans les cases. Ils sont néanmoins enchantés d’être venus assister au festival dès son inauguration et trouvent que la volonté d’initier des étudiants à découvrir ce milieu est très intéressante.

Les lycéens de Mana et Rémire-Montjoly, qui sont respectivement en option facultative et spécialité cinéma audiovisuel, sont très heureux d’avoir acquis des connaissances et un savoir-faire tout au long de la semaine. Ceux qui envisagent dès aujourd’hui une carrière dans le cinéma ou le journalisme, voient cet évènement comme une opportunité de découvrir le fonctionnement des différents métiers qu’ils n’avaient, pour la plupart, jamais eu l’occasion d’expérimenter.

Malgré des opinions variées, tous se rejoignent pour témoigner du succès du festival et espèrent le voir retrouver sa place ici, en Guyane, dans les années à venir.

Honorine Huvelle et LaurieAnne Antoine

Spears from all sides, une suite ?

Présent pour la projection qui s’est déroulé jeudi dans l’après-midi, le réalisateur Christopher Walker nous a présenté un des films documentaires en compétition au FIFAC.

De 1964 à 1992, la société Américaine Texaco exploite les ressources pétrolières du Nord Est de l’Équateur et crée de graves conséquences dans la forêt Amazonienne primordiale pour la tribu des Huaorani. Ces épisodes engendreront la « révolte » de ce peuple qui intentera un procès à la société pétrolière. A cette époque Christopher Walker réalise un reportage « Colifichets et Verroteries » pour la NBC à New York tourné pendant trois ans. Vingt-trois ans plus tard sort le documentaire Spears From All Sides filmé durant quatre ans. De nombreuses années séparent ces deux documentaires qui traitent tous les deux du même sujet. Sur le conseil de quelques personnes, Christophe Walker se rend en Equateur afin de rencontrer les Huaorani et fait la connaissance de Moï un jeune Huaoroni engagé dans la lutte contre l’exploitation pétrolière. Tourné sans l’accord du gouvernement et étant harcelé par les militaires Equatorien Christopher Walker a tout de même eu le soutien des Huaorani. Le but de ce documentaire est qu’il soit vu par le maximum de personnes et d’en apprendre un peu plus sur l’histoire de cette tribu. Christopher Walker aimerait bien dans le « futur » créer une suite de Spears from all sides.

Christine Charleset Molie Rafalskie

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