Author: Festival Fifac

APPEL À PROJETS

Date limite : Prolongé au 15 juillet 2020

Le Fifac lance, pour sa 2ème édition du 6 au 10 octobre 2020, un appel à projets de films documentaires en partenariat avec Doc Amazonie Caraïbe.
Il s’adresse aux auteurs/réalisateurs/producteurs développant des projets de films documentaires et de contenus digitaux relatifs à la zone Amazonie-Caraïbe avec des intentions de réalisation marquées et assumées, une écriture à la fois innovante et exigeante, pouvant correspondre aux lignes éditoriales des diffuseurs présents au Fifac.

Les langues de travail seront le français et l’anglais.

Déroulé

Les projets sélectionnés participeront aux sessions de pitchs devant un panel de professionnels invités (producteurs/diffuseurs/institutionnels) et bénéficieront de rendez-vous individuels avec les professionnels intéressés.

L’ambition du Fifac est d’accueillir une dizaine de diffuseurs (sous réserve : le réseau des 1ères locales, France 5, France.tv Slash, Canal+ Caraïbes, Planète+, RMC Découverte, Ushuaïa TV et les télévisions de coopération internationale et interrégionale – Brésil, Haïti, Trinidad & Tobago, etc), d’inviter une quinzaine de producteurs issus de nombreux territoires, et des institutionnels gérant des fonds d’aide à l’audiovisuel.

Trois possibilités de participation sont proposées cette année : (cf. Modalités)

  1.  L’auteur souhaite participer à une résidence d’écriture Doc Amazonie Caraïbe (8 jours) et profiter d’un accompagnement au développement de son projet de film documentaire jusqu’à sa présentation au Fifac,
  2. Le développement du projet est déjà très avancé, voire abouti et l’auteur/réalisateur souhaite pouvoir présenter son film au Fifac en bénéficiant d’un accompagnement,
  3. Le producteur souhaite pouvoir présenter son film au Fifac.

Modalités

1. Si vous souhaitez participer à la résidence d’écriture :

Tout le processus sera encadré par des professionnels expérimentés du documentaire, présents pour conseiller, aiguiller et renforcer la démarche des auteurs jusqu’à leur grand oral devant de potentiels partenaires  (producteurs, diffuseurs, institutionnels).
3 grandes étapes marqueront le déroulement de cet accompagnement :

  • La préparation à distance – À la suite de la sélection, des tâches seront données aux auteurs/réalisateurs afin qu’ils mettent à profit la période avant la résidence d’écriture pour approfondir le développement de leurs projets. Nouveaux repérages, recherches, entretiens, réécriture, pré-montage de rushes… seront demandés.
    Cette étape de travail, de juillet à septembre, sera dirigée à distance (téléphone, mail, skype, etc) par les formateurs qui encadreront la résidence d’écriture.
  • Résidence d’écriture – Il sera principalement question de penser la structure du projet de film, son récit, sa dramaturgie, et de finaliser une présentation orale du projet précisant les intentions.
  • Sessions de pitchs et rendez-vous individuels dans le cadre du Fifac.

La session de pitch, collective, permet aux auteurs/réalisateurs de s’exprimer pendant une dizaine de minutes avant de répondre aux questions des producteurs et diffuseurs sur leur projet et leur démarche (10 mn). Les rendez-vous individuels permettent aux auteurs/réalisateurs de revoir les producteurs et diffuseurs intéressés pour aller plus loin dans le questionnement du projet et envisager une coopération.

L’auteur/réalisateur devra être disponible d’abord à distance à partir de mi-juillet, puis physiquement du lundi 28.09 au jeudi 08.10 à Saint-Laurent du Maroni en Guyane pour participer à la résidence d’écriture et aux pitchs du Fifac.

Une participation financière de 300 € sera demandée à chaque auteur sélectionné afin de contribuer aux frais pédagogiques. L’auteur/réalisateur bénéficie d’un badge « tout accès ».

Les frais de séjour (transport, hébergement, nourriture) sont pris en charge par l’organisateur.
Sous certaines conditions les frais pédagogiques pourront être pris en charge.

2. Si vous souhaitez participer aux pitchs du Fifac tout en bénéficiant d’un accompagnement :

Le développement de votre projet de film documentaire ou de contenu digital est déjà très avancé, voire abouti, et vous êtes à la recherche d’un producteur et/ou diffuseur. Si votre projet est sélectionné, vous pourrez participer aux sessions de pitchs et profiter la veille d’un atelier de préparation au pitch.

  • La préparation à distance – À la suite de la sélection, des échanges s’effectueront entre les auteurs/réalisateurs et l’intervenant pour aboutir à l’atelier de préparation (3 heures). Cet atelier a pour objectif de préparer les auteurs/réalisateurs à une présentation orale concise et pertinente de leur projet. Il rappelle les lignes éditoriales des chaînes présentes au Fifac.
    Il est encadré par des producteurs aguerris et/ou des programmateurs de télévisions.
  • Sessions de pitchs et rendez-vous individuels dans le cadre du Fifac.

La session de pitchs, collective, permet aux auteurs/réalisateurs de s’exprimer pendant une dizaine de minutes avant de répondre aux questions des producteurs et diffuseurs sur leur projet et leur démarche (10 mn). Les rendez-vous individuels permettent aux auteurs de revoir les producteurs et diffuseurs intéressés pour aller plus loin dans le questionnement du projet et envisager une coopération.

L’auteur/réalisateur devra être disponible du mardi 06.10 à partir de 9 heures, au jeudi 08.10 jusqu’à 18 heures à Saint-Laurent du Maroni en Guyane pour participer à l’atelier de préparation et à la session de pitchs.

Une participation financière de 100 € sera demandée à chaque candidat sélectionné afin de contribuer aux frais pédagogiques. L’auteur/réalisateur bénéficie d’un badge « tout accès ».

Sous certaines conditions les frais de séjour (transport, hébergement, nourriture) pourront être pris en charge par l’organisateur.

3. Si vous souhaitez uniquement participer au pitch du Fifac :

La session de pitchs permet aux producteurs sélectionnés de s’exprimer pendant une dizaine de minutes avant de répondre aux questions des producteurs et diffuseurs sur leur projet (de film documentaire ou de contenu digital) et leur démarche (10 mn). Les rendez-vous individuels permettent aux producteurs de revoir les producteurs et diffuseurs intéressés pour aller plus loin dans le questionnement du projet et envisager une coopération.

Le producteur, en candidat libre, devra être disponible le mercredi 07.10 ou jeudi 08.10, de 9 à 18 heures à Saint-Laurent du Maroni en Guyane pour participer à une des sessions de pitchs et rendez-vous individuels.

Inscription gratuite mais obligatoire. Seuls les dossiers retenus participent aux pitchs. Les frais de transport, hébergement, nourriture sont à la charge du candidat qui bénéficie d’un badge « tout accès ».

Modalités de sélection

Après avoir complété le Formulaire d’Inscription (ci-dessous en format Word) il vous faudra l’adresser par mail à l’adresse suivante : docamazoniecaraibe@gmail.com, en indiquant le nom du projet dans l’objet du mail.

Les dossiers seront examinés par des professionnels et des membres de l’organisation des rencontres professionnelles du Fifac et de Doc Amazonie Caraïbe.

La date limite d’envoi des dossiers est fixée au 15 juillet 2020.
Les résultats de cette présélection seront communiqués par mail au plus tard le 30 juillet 2020.

 

Gérard Guillaume, le nouveau Directeur Régional de Guyane la 1ère est venu rencontrer les organisateurs du Fifac et se rendre compte des lieux et des espaces au Camp de la Transportation à Saint-Laurent du Maroni, le 8 mai 2020. Son interview ci-dessous :
(De gauche à droite) : Maeva-Myriam Ponet (Guyane La 1ère), Didier Urbain (AVM), Clémence Mouton (Chronique du Maroni), Gérard Guillaume (Guyane La 1ère), Serge Abatucci (Centre dramatique Kokolampoe).


(Re) découvrez une sélection des films présentés lors de la première édition du Fifac à Saint-Laurent du Maroni, en octobre 2019.

En cette période de confinement, le FIFAC vient à vous ! Où que vous soyez, glissez-vous dans votre hamac, installez-vous dans votre fauteuil pour voir (ou revoir) une sélection des meilleurs documentaires de l’édition 2019.

Du 1er au 10 mai prochain, l’équipe du festival vous propose de découvrir plusieurs films et notamment ceux primés par Patrick Chamoiseau et son jury en octobre dernier.

Six films pour une plongée passionnante dans les problématiques sociétales, politiques, identitaires et culturelles du Brésil, d’Haïti, de la Guyane, de la Martinique et de la Colombie.

Chacun des films sera accessible pour tous et partout durant 48h.

Les Chroniques Lycéennes réalisées pour chacun des films par des scolaires guyanais, pendant le festival, seront également disponibles.

Le hamac, c’est par ici!

Appel à films pour la 2ème édition du FIFAC

Inscriptions du 6 avril au 12 juin 2020

Les inscriptions de films sont ouvertes pour l’édition 2020 du FIFAC. Festival international dédié au meilleur du documentaire de création et aux contenus digitaux, le FIFAC se tiendra à Saint-Laurent du Maroni (Guyane) du 06 au 10 octobre 2020.

En octobre prochain, pendant 5 jours, le festival réunira réalisateurs, producteurs, diffuseurs, grand public et scolaires autour d’une sélection d’œuvres issue de la zone Amazonie-Caraïbes. Au programme, films inédits, rencontres, projections, débats, master classes, journées professionnelles et moments festifs…

La compétition est ouverte pour des films produits à partir du 1er janvier 2018, qui concernent les régions des Guyanes, d’Amazonie et des Caraïbes et qui abordent de nombreux thèmes : société, économie, ethnologie, animaux, histoires, culture, patrimoine.

Le festival ouvre sa compétition à deux types de programmes :

Les documentaires de création et les créations documentaires numériques, destinées à des visualisations sur tablette, téléphone ou ordinateur : webdocs, web séries (expériences interactives, animations, œuvres en réalité virtuelle ou 360°, montages expérimentaux).

Les films retenus en sélection officielle concourent pour 5 Prix :

Grand Prix FIFAC-France Télévisions / Prix du Jury du Meilleur réalisateur / Prix des Lycéens / Prix du meilleur Contenu Nnumérique / Prix du Public.

Inscriptions avant le 12 juin 2020 sur le site du FIFAC.

Inscrivez vos documentaires court et long format, tout écran, toute écriture.

 

Le festival s’inscrit dans la politique de soutien de France Télévisions aux festivals documentaires en Outre-mer. Avec l’ambition de valoriser la création documentaire de la région et de dynamiser les filières de production locales.

En Novembre, en partenariat avec le Pôle Image du Maroni, le FIFAC organise des projections Ciné au quartier dans le cadre du Mois du documentaire.

A cette occasion, le festival se poursuit hors les murs :
Ka’apor, le dernier combat de Nicolas Millet, sera diffusé au village Paddock le 15 novembre 2019 et Fabulous d’Audrey Jean-Baptiste (Prix des lycéens 2019), le 29 novembre 2019 au village Balaté.

Toutes les informations sur les projections sur le site du Pôle Image du Maroni

Autant le Fifac veut donner à voir le meilleur du documentaire d’Amazonie et des Caraïbes, autant il veut créer les conditions d’un marché professionnel, en organisant des colloques et surtout des rencontres entre professionnels permettant la structuration et le développement de la filière à l’échelle de la grande région.

Cette première édition des rencontres professionnelles du Fifac est marquée par la réforme de l’audiovisuel public décidée par le gouvernement en juillet 2018. La réforme cherche à augmenter la visibilité de l’Outre-mer en métropole dans l’ensemble de l’offre de France Télévisions (France 2, France 3, France 5) et avec le lancement d’une plate-forme numérique dédiée aux Outre-mer au premier trimestre 2020. L’arrêt de France Ô est programmé en août 2020 ; les antennes 1ères verraient leur fonctionnement renforcé avec notamment un budget doublé pour le documentaire ultra-marin.

Fifac rencontres pro 2019
Colloque Produire en région : de gauche à droite : Béatrice Nivois (directrice des documentaires & magazines du Pôle Outre-Mer de France Télévisions), Catherine Alvaresse (directrice de l’unité documentaire de France Télévisions), Laurent Corteel (directeur des contenus du Pôle Outre-Mer de France Télévisions), Walles Kotra (directeur du Pôle Outre-Mer de France Télévisions), Jean-Claude Ho-Tin-Noe (directeur régional de Guyane La 1ère), Muriel Thierrin (Vice-Présidente de l’association Guyane – Cinéma, Audiovisuel et Multimédia - G-CAM), Claire Schwob (Syndicat de la production audiovisuelle et cinématographique des Outre-mer – Spacom)

Le Fifac a organisé de nombreux temps forts où il faut remarquer l’importante délégation de France Télévisions avec plus de 20 représentants accrédités :

  • Colloque Produire en région avec la collaboration du Spacom (Syndicat des producteurs de l'audiovisuel et du cinéma en Outre-mer) et de France Télévisons
  • Colloque sur la coopération interrégionale organisé par Guyane La 1ère
  • 5èmes Rencontres de coproduction Doc Amazonie Caraïbe, en partenariat avec Doc Monde
  • Session ouverte de pitchs
  • Masterclass et conférences

Au total, 143 professionnels ont été accrédités pendant le Fifac, issus d’une quinzaine de territoires ou pays d’Amazonie Caraïbe. La majorité des débats étaient traduits simultanément anglais/français, et enregistrés permettant un travail sérieux de synthèse (à télécharger).

Nombreux ont été les liens tissés, rendez-vous de travail effectués et futures collaborations ou contrats envisagés. A l’heure de la réforme de l’audiovisuel public et du bouleversement en cours au sein du Pôle Outre-mer de France Télévisions, nombreux sont les producteurs ultra-marins qui regrettent déjà leur absence au Fifac. Fort heureusement pour eux, l’acte II des rencontres professionnelles s’annonce déjà lors de la deuxième édition du Fifac, du 6 au 10 octobre 2020.

C'est tout l'objet du Fifac : donner à voir le meilleur de nos territoires et donner les conditions afin que le meilleur puisse s'y envisager.

Vos retours sur les Rencontres professionnelles

Tous les jours, découvrez la newsletter du FIFAC. C’est déjà la fin… Cinquième journée, le portrait de Patrick Chamoiseau, Président du Jury du FIFAC, le programme de la journée et l’interview de Christophe Yanuwana Pierre, réalisateur Kali’na.

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Edito

A la veille du palmarès, les premiers bilans commencent à circuler dans les coursives du bagne. Nous atteindrons sans doute, au bas mot les 2500 personnes en fréquentation publique, sur la semaine. Nous avons accueilli environ 180 professionnels, qu’ils soient diffuseurs, producteurs, réalisateurs, artistes, journalistes, sans compter les représentants officiels de nombreux pays de la zone Amazonie-Caraïbe. N’oublions pas non plus l’incroyable participation des lycéens et collégiens qui sont aussi venus ponctuellement participer à l’événement. A première vue, cette édition est d’ores et déjà un succès.

Ce soir nous avons rendez-vous sous le manguier pour découvrir le film en écran parallèle Césaire contre Aragon, réalisé par Guy Deslauriers, écrit par Patrick Chamoiseau. Sans aucun doute, un pur moment de poésie.

Samedi 19 octobre, nous publierons un premier bilan « à chaud » du festival mais aussi le palmarès dans son intégralité. Nous inviterons les jurés à nous livrer leurs intimes convictions, celles qui ont permis de délivrer l’ensemble des prix.

Nous vous souhaitons une belle journée, et une belle soirée. Guyane la 1ère sera là pour une retransmission en direct.

Regardons, et n’oublions pas de penser.

MD

Le portrait du jour : Patrick Chamoiseau

Ecrivain français originaire de Martinique, Patrick Chamoiseau est auteur de romans, de contes, d’essais, un théoricien de la créolité. Il est présent cette semaine au FIFAC en tant que président du jury du Grand prix du festival.

FNL : En tant qu’écrivain, qu’avez-vous envie de transmettre aux jeunes générations ?

PC : Un écrivain c’est un artiste qui dispose d’une sensibilité particulière que l’on peut appeler une esthétique. C’est une conception du beau qu’il développe, dans sa pratique. L’esthétique est importante parce qu’elle nous permet d’échapper au prosaïque de l’existence et surtout aux laideurs, aux horreurs, aux pauvretés, aux insuffisances, à la simplification. Chaque fois qu’il y a un surgissement de beauté on a une sorte de révélation d’une partie du réel qui est beaucoup plus profonde, beaucoup plus invisible et beaucoup plus éclatée. Quand le réel est perçu avec beaucoup plus d’amplitude l’imaginaire s’amplifie. L’artiste ne transmet pas une vérité mais une expérience au monde.

FNL : De l’écriture aux images, comment un événement comme le Fifac peut favoriser l’émancipation et la reconnaissance des peuples ?

L’homo sapien, vivait dans un écosystème naturel. Toutes les cultures des amérindiens, des bushinengues, tous les peuples que l’on peut appeler les peuples premiers vivaient dans un écosystème nature. C’est avec ça que toutes les civilisations de la planète se sont constituées. Puis s’est déployé un autre système qui est l’écosystème urbain. Vous êtes les enfants de la ville, vos modes de connaissance sont des mode de connaissance urbaine.

Il y a un troisième écosystème qui apparaît c’est celui du numérique qui est en train de se développer et de tout avaler. La chose la plus puissante dans ce système numérique c’est l’image. La suprématie du mode de vie américain, vient très largement du cinéma 

américain (…). L’image est importante, si dans ce flux d’images numériques, la Guyane, les peuples comme les nôtres n’ont pas d’images, n’ont pas de cinéma, ne produisent pas leur propre image, ils vont consommer les images des autres, ils vont dessécher leur imaginaire, l’aliéner. Il faut que nous puissions habiter les systèmes numériques et il y a plusieurs manières de les habiter. Cela me paraît essentiel que l’on puisse développer, ici à SLM, à Cayenne, à Fort de France (…) des écoles de cinéma pour exprimer l’expression de nous-mêmes à travers et avec les images.

Le FIFAC permet d’amplifier la créativité et l’imaginaire ce qui déclenche un processus d’épanouissement individuel et collectif. C’est pourquoi un festival comme celui là est primordial à mes yeux.

FNL : Sans dévoiler quoi que ce soit à propos de la sélection du festival et des films en compétition. En tant que Président du jury, pouvez-vous nous donner une perception de l’ensemble de la programmation. Quelle suite vous envisagez après ça ?

C’est une programmation formidable. Le documentaire qui correspond à mon esthétique, est celui qui va traiter de l’état du monde et de ses grandes problèmatiques, on retrouve ça dans tous les documentaires présents ici. Il y a cependant 2 pôles : le reportage où l’on transmet les informations et il y a l’oeuvre d’art qui ne va pas donner de discours pédagogique, ni d’explication un peu littérale. L’oeuvre d’art va faire vivre une situation dans sa complexité. A la fois une situation collective, le peuple, le monde et une situation personnelle, un individu dans sa matière la plus profonde, dans son humanité. Quelque chose qui témoigne de l’humaine condition. Lorsqu’un documentaire arrive à faire tout cela et à passer de l’information en même temps on a une oeuvre d’art. Cela résume le travail du jury : nous cherchons l‘oeuvre d’art.

Manaée Pancrate-Brunel, Pricella Pinas assistées de Nicole Bargigli et Marianne Doullay

Le pouvoir des images

Christophe Yanuwana Pierre se lance pour la première fois dans la réalisation de documentaires et décide à travers « UNt les origines » de nous faire redécouvrir l’univers autochtone, au-delà des généralités. De manière ambitieuse, il ancre son témoignage dans les mémoires en se livrant sur la culture Kali’na et la signification que détient son film pour son peuple et son village.

FNL : Vous racontez, à travers ce documentaire, votre propre histoire. Quelle a été la raison de ce choix ?

CYP : C’est comme ça que l’on raconte des histoires chez nous, on part toujours d’un point de vue qui est le sien puisque l’on se trouve à un endroit du monde et notre regard est incapable de couvrir toute une surface. Ça vient d’un ressenti également, personnel et individuel mais aussi apte à s’adapter à un jeune faisant parti d’une communauté. Mais d’une certaine manière, ma réalisation avait besoin que j’en sois une partie intégrante.

FNL : Pensez-vous que tous les amérindiens s’y identifieront ?

CYP : Il y a plusieurs choses, dont deux primordiales, qui me permettent de l’affirmer : le fait que le film soit complètement en langue kali’na, ce qui a énormément plu aux anciens car pour la première fois ils arrivaient à en comprendre le contenu du début jusqu’à la fin. Beaucoup écrivent sur nous sans prendre en compte l’essentiel : nos aînés ne savent pas lire. C’est ce qui rend ce côté-là du cinéma intéressant : l’art d’utiliser le son et l’image dans le but de ressentir des émotions, raconter une histoire. Il y a des jeunes amérindiens qui ne sont pas forcément sensibles à la culture et qui arrivent à s’y identifier malgré tout parce qu’ici, le regard anthropologique n’y a pas sa place. En parlant de moi, je crée une individualité qui possède tout de même une trace d’universalité. On est tous confrontés, à un moment donné, à la perte d’un proche que l’on aime et nos différentes perspectives de la mort, du deuil, du suicide voire de la renaissance, sont un moyen de se reconstruire.

FNL : Quels messages cherchez-vous à faire passer à propos des autochtones ?

CYP : Réaliser un film est déjà un geste politique en soi. Aujourd’hui, s’emparer d’une caméra, d’un ordinateur, d’un micro et tenter de faire vivre une réalité ou un rêve, c’est ancrer la vision amérindienne du monde, qui pour l’instant est inexistante. Puis dans le contenu, je cherche à pousser au questionnement : comment on se reconstruit ? Qui sommes-nous ? Comment sommes-nous arrivés là ? Qu’avons-nous envie de faire ? Et finalement, ce documentaire, qui m’a pris plusieurs années, ne véhicule réellement ni réponse ni message. J’offre juste une introspection et un réconfort qui consiste à dire que la quête de soi est un cheminement normal mais aussi indispensable.

FNL : Nous savons que votre but premier était de raviver les traditions de la culture amérindienne. Qu’en est-il cependant de l’effet souhaité sur les autres cultures ?

CYP : J’ai eu l’occasion de présenter « Unt » à de nombreux endroits, tels que l’Encre, Mana et plusieurs villages qui regroupaient des élèves de différentes origines. C’est à travers l’univers que nous avons créé avec l’équipe de tournage, que l’on a réussi à imposer notre point de vue avec le choix des images, la lenteur des plans, la musique mais surtout le silence. Contrairement aux films de notre époque, nous avons décidé de dénuer le générique final de son, afin de pousser les spectateurs à être dans le recueillement et la réflexion. En Guyane, nous avons l’habitude de confondre le reportage et le documentaire, mais dans ce cadre-là, c’est bel et bien de l’information, du vécu : il s’agit d’aborder le sujet du mal-être de l’amérindien à travers le mien. Puis j’invite également la population guyanaise, en tout cas la jeunesse, à raconter elle-même ses propres réalités sans s’handicaper. Car jusqu’à présent, ce sont les autres qui écrivent à notre sujet, alors pourquoi ne pas chercher à le faire de notre plein gré puis élargir notre projet à des cultures extérieures ? Ce serait même intéressant, par exemple, de montrer aux enfants guyanais comment les enfants métropolitains se rendent à l’école. Enfin, il faut chercher à rééquilibrer les généralités que l’on peut avoir les uns aux autres, car si l’image de ta personne est produite par l’autre, ce dernier ne t’impose-t-il pas ce que tu dois être ?

FNL : Votre production pourrait-elle être un outil contre le projet de Montagne d’Or ?

CYP : Pas intentionnellement, mais c’est possible qu’elle l’ait été. Cependant, ce qui est certain, c’est que ce documentaire est une manière de prouver que notre avis n’a pas moins de valeur. Dans le cadre du projet « Montagne d’Or », ils n’ont pas cessé de mettre en avant les avantages que ce dernier aurait dans le domaine du travail en pensant que cela nous conviendrait. Ce qui n’était évidemment pas le cas. Notre priorité reste l’eau car c’est un besoin vital peu importe l’endroit d’où nous venons. Leur donner notre autorisation reviendrait à leur laisser détruire ce que l’on a de plus cher.

Propos recueillis par LaurieAnne Antoine et Honorine Huvelle

Le FIFAC : public et lycéens favorables à une 2ème édition ?

De nombreux professionnels et visiteurs ont été conviés au festival international du film documentaire Amazonie-Caraïbes durant ces cinq derniers jours. Afin de leur faire découvrir l’univers du cinéma et de l’audiovisuel, le camp de la Transportation de Saint-Laurent du Maroni les a accueillis, avec, au programme, diverses projections et conférences. Nous avons décidé de nous intéresser particulièrement au ressenti du public et des lycéens, qui font également partie intégrante de l’évènement.

Permettant à la fois une initiation à l’utilisation des médias, ainsi qu’un approfondissement de la connaissance de l’Amazonie-Caraïbe ; le FIFAC représente une grande opportunité pour les professionnels comme pour les amateurs de cinéma. Les élèves des lycées de Mana et Rémire-Montjoly, présents tout au long de la semaine sur le camp, désigneront le Prix des lycéens ce soir.

Chacun s’attendait à un emploi du temps très chargé dès le premier jour avec un foisonnement de public et de professionnels. Ce n’est qu’au fil des jours que l’ambiance s’est enfin dévoilée. Ils sont aujourd’hui reconnaissants envers les organisateurs du FIFAC qui leur ont permis de vivre cette expérience, en rencontrant divers professionnels du métier et les laissant ainsi découvrir le milieu du cinéma. « Je sais maintenant comment le monde de l’évènementiel lié à celui du cinéma fonctionne et pour un premier festival, c’était génial. Je pense que c’est une bonne expérience à vivre» dit Léa Brodin, élève du lycée Lama-Prévot.

Le public s’attendait à trouver plus d’interaction entre amateurs et professionnels. Certains proposant même des idées d’animation entre chaque projection telles que des jeux ou des concours de réalisation de court-métrage au sein du camp, afin de rendre le FIFAC plus interactif.

Un public très éclectique : amateurs de cinéma, touristes en visite sur le territoire, journalistes et locaux. Principalement informés par le bouche à oreille et les affiches recouvrant la ville de Saint-Laurent, de nombreuses personnes se sont rassemblées ici en espérant trouver une ambiance conviviale et des projections en plein air réussies. Les avis de chacun à l’endroit du FIFAC divergent : certains, bien que le concept international leur ait énormément plu, recherchaient ici davantage de documentaires mettant en avant le territoire de la Guyane.

D’autres pensaient trouver une meilleure infrastructure d’accueil (les toilettes) et auraient apprécié plus de projections dans les cases. Ils sont néanmoins enchantés d’être venus assister au festival dès son inauguration et trouvent que la volonté d’initier des étudiants à découvrir ce milieu est très intéressante.

Les lycéens de Mana et Rémire-Montjoly, qui sont respectivement en option facultative et spécialité cinéma audiovisuel, sont très heureux d’avoir acquis des connaissances et un savoir-faire tout au long de la semaine. Ceux qui envisagent dès aujourd’hui une carrière dans le cinéma ou le journalisme, voient cet évènement comme une opportunité de découvrir le fonctionnement des différents métiers qu’ils n’avaient, pour la plupart, jamais eu l’occasion d’expérimenter.

Malgré des opinions variées, tous se rejoignent pour témoigner du succès du festival et espèrent le voir retrouver sa place ici, en Guyane, dans les années à venir.

Honorine Huvelle et LaurieAnne Antoine

Spears from all sides, une suite ?

Présent pour la projection qui s’est déroulé jeudi dans l’après-midi, le réalisateur Christopher Walker nous a présenté un des films documentaires en compétition au FIFAC.

De 1964 à 1992, la société Américaine Texaco exploite les ressources pétrolières du Nord Est de l’Équateur et crée de graves conséquences dans la forêt Amazonienne primordiale pour la tribu des Huaorani. Ces épisodes engendreront la « révolte » de ce peuple qui intentera un procès à la société pétrolière. A cette époque Christopher Walker réalise un reportage « Colifichets et Verroteries » pour la NBC à New York tourné pendant trois ans. Vingt-trois ans plus tard sort le documentaire Spears From All Sides filmé durant quatre ans. De nombreuses années séparent ces deux documentaires qui traitent tous les deux du même sujet. Sur le conseil de quelques personnes, Christophe Walker se rend en Equateur afin de rencontrer les Huaorani et fait la connaissance de Moï un jeune Huaoroni engagé dans la lutte contre l’exploitation pétrolière. Tourné sans l’accord du gouvernement et étant harcelé par les militaires Equatorien Christopher Walker a tout de même eu le soutien des Huaorani. Le but de ce documentaire est qu’il soit vu par le maximum de personnes et d’en apprendre un peu plus sur l’histoire de cette tribu. Christopher Walker aimerait bien dans le « futur » créer une suite de Spears from all sides.

Christine Charleset Molie Rafalskie

Tous les jours, découvrez la newsletter du FIFAC. Pour la quatrième journée, le portrait de Vanina Lanfranchi, Directrice de l’Atelier Vidéo et Multimédia, le programme de la journée et de demain et l’interview de Wilfried Jude, en charge du Jury des Lycéens.

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Edito

Comprendre la nécessité d’une mise en place de filières locales liées aux métiers de l’audiovisuel et du numérique : la formation, la transmission, l’accompagnement professionnel, l’aide à la création, sont finalement posées au sein même du FIFAC et touchent tous les individus quelque soit le pays d’où ils viennent.

Les retombées d’un tel événement ne peuvent être percectibles que si et seulement si, des structures locales peuvent répondre à l’accueil et tisser des liens dans une perspective interrégionale.

Ils nous est apparu indispensable de vous donner quelques clefs pour mieux comprendre le contexte et poser d’ici à la fin du festival les bases de conditions d’accueil encore plus idéales.

Sans doute la pluie quant à elle, continuera toujours de s’inviter…

MD

Le portrait du jour : Vanina Lanfranchi

Directrice de l’Atelier Vidéo et Multimédia (AVM), Vanina Lanfranchi est aussi porteuse du Pôle image Maroni. Nous avons voulu en savoir plus sur ses projets dont « Passeurs d’Images » et sa vision sur l’éducation à l’image.

FNL : Pouvez-vous nous expliquer les projets d’AVM ?

VL : Nous développons au travers du Pôle Image Maroni l’éducation aux Images et aux nouveaux médias, en mettant en place des ateliers de pratique audiovisuelle et cinématographique en milieu scolaire et périscolaire, nous animons et coordonnons le dispositif interministériel hors temps scolaire d’éducation à l’image « Passeurs d’Images » et nous collaborons au dispositif en temps scolaire école, collège, lycéen et apprentis au cinéma, coordonné par l’association GCAM pour la Guyane. Nous avons développer des parcours pédagogiques d’éducation à l’image du CP à la terminale que nous allons commencer à mettre en place cette année dans le cadre de l’éducation artistique et culturelle en milieu scolaire.

Par ailleurs depuis 2014, en partenariat avec Docmonde et Lumière du Monde nous mettons en oeuvre un programme de formation au documentaire de création Doc Amazonie Caraïbe qui accompagne des auteurs / réalisateurs du territoire amazonien en leur permettant, au travers de l’organisation de rencontre avec des producteurs et des diffuseurs de l’hexagone de faire émerger leur point de vue. C’est ainsi qu’une dizaine de films ont été réalisés et produits depuis le démarrage du programme. Nous développons aussi de la formation professionnelle avec des parcours d’insertion pour les jeunes en décrochage et portons le projet « Incubateur audiovisuel » retenu dans les assises des Outre-mer qui conjugue : un centre de formation, une pouponnière d’entreprises et une Télévison Locale de Service Public Tv TLSP. Et puis, il y a bien sûr les Chroniques du Maroni dont vous avez déjà parlées dans vos colonnes.

FNL : Que pensez-vous de la place du cinéma et de l’audiovisuel dans le milieu scolaire et extrascolaire mis en place pour les jeunes ? Et vous-même quelles actions menez-vous ?

VL : Par exemple le dispositif Passeurs d’images que nous coordonnons depuis 2013, est un formidable outil pour la Guyane car il s’adapte aux différents publics, aux

différentes cultures qui se côtoient sur un vaste territoire. Il permet aux jeunes au travers des axes que nous développons d’expérimenter la notion de citoyenneté et de vivre ensemble en Guyane. Passeurs d’images se déploie avec :

– La mise en place d’ateliers de pratique cinématographique où l’on invite des professionnels à partager leur expérience avec des jeunes. Notre but est donc de mettre en relation un groupe avec un professionnel du cinéma, avec à la clé une production qui valorise l’atelier.

– Nous avons pris en charge durant les vacances de Pâques 300 places de cinéma pour les jeunes entre 6 et 18 ans issus des quartiers prioritaires de la ville de Kourou et nous allons renouveler l’opération aux vacances de la Toussaint avec Cayenne.

– Nous mettons en place des séances spéciales où le public éloigné de l’offre culturelle rencontre des réalisateurs. Pour exemple, Nicolas Millet, invité du FIFAC, qui, dans le cadre de Passeurs d’images a présenté son film « KA’por, le dernier combat », au Carbet des associations du village chinois, hier soir.

FNL : Pensez-vous qu’il y a suffisamment d’actions autour de l’éducation à l’image ?

VL : Les jeunes passent énormément de temps devant les écrans et cela sans filtre. Il est donc nécessaire de leur donner les outils pour qu’ils puissent apprendre à décrypter et prendre du recul par rapport aux images. Je pense en effet qu’on devrait donner beaucoup plus de place à l’éducation aux images dans les programmes éducatifs, et je pense également qu’autour d’un film, on peut débattre de beaucoup d’idées.

FNL : Quel est votre objectif et quelles sont vos attentes du FIFAC en tant que Directrice d’AVM ?

VL : Il nous a paru très important que l’éducation aux images soit présente dans le cadre du FIFAC. Mercredi a eu lieu une conférence sur l’éducation à l’image. Nous avons organisé les séances scolaires et nous encadrons le jury lycéen. Votre présence est très importante car il est primordial d’ouvrir le festival à la jeunesse.

 

Propos recueils par Rafalskie Molie et Christine Charles

Les compagnons de l’image

Véronique Kanor et Serge Poyotte ont des parcours de vie qui se croisent : journalistes puis auteurs de films de fiction ou de documentaire. Ils se retrouvent au FIFAC et font partie du Jury pour la sélection officielle. Depuis l’ouverture du festival, il a beaucoup été question de production, de diffusion mais qu’en est-il de la création ?

FNL : En tant qu’auteurs, quelles sont vos attentes dans le FIFAC ?

Véronique Kanor : c’est faire des rencontres car pour moi qui ne fait pas beaucoup de fiction, qui travaille beaucoup plus en documentaire, il y a une espèce de solitude. Je suis tout le temps confrontée à moi-même. Ce que j’attends ce sont des rencontres, c’est à dire retrouver une famille. Par exemple quand j’ai su que Serge Poyotte était membre du jury, cela m’a apporté une bonne raison d’être présente au FIFAC. C’est aussi renouer avec des personnes que je connais depuis longtemps et qui me font juste du bien. C’est quelque chose de l’ordre de l’amitié.

Serge Poyotte : Moi je n’attends rien du FIFAC parce que je ne suis pas dans le documentaire et je ne viens pas vendre un projet. Frédéric Belleney m’a demandé d’être membre du jury et de venir avec mon film. Je lui ai dit oui parce que Saint Laurent du Maroni c’est ma ville. Je n’y suis pas né mais cela reste ma ville de coeur et les membres d’AVM et de Pôle image Maroni, sont à la fois mes amis et ceux avec qui je bosse. Je suis très heureux d’être ici parce que je rencontre des gens que je connais et avec lesquels j’ai une vraie complicité, comme Véronique, comme d’autres. Je suis content de voir des films, je suis content d’apprendre. En fait, mon attente au sein du FIFAC, c’est d’apprendre à regarder un documentaire.

VK : J’abonde dans ton sens car moi aussi chaque fois que je viens à Saint-Laurent du Maroni c’est grâce à AVM, et grâce à Fredéric Belleney dans le cadre d’American Molo Man. J’adore être dans un jury, confronter nos sensibilités, nos points de vue. Comment ça fait bouger nos perceptions sur une oeuvre que l’on va voir. Nous avons énormément de chance d’être dans ce jury-là, avec la présidence de Patrick Chamoiseau.

FNL : Vous êtes membres du jury, je n’ai bien sur pas la possibilité de vous poser des questions sur les films, aussi, ce qui m’intéresse c’est votre perception, votre émotion, le libre arbitre. Où cela vous emmène dans votre tête, dans la responsabilité d’un choix « définitif » ?

SP : C’est toujours difficile de juger ses pairs mais ce qui est bien, ici, c’est que dans le jury il y a une grande bienveillance, et à la fois un tel niveau de pensées… C’est à dire entre Véronique, Fanny, les 2 Laurence, Medhi et Patrick Chamoiseau, finalement ce n’est plus aussi difficile.

VK : Chacun apporte quelque chose dans son choix qui reste du domaine de la sensibilité. Cela vient du coeur. Je trouve qu’il y a 2 films quand on est dans le jury. Il y a le film que chacun voit et après celui que l’on reconstruit tous ensemble.

FNL : Une dernière question, Véronique tu es dans Doc Amazonie Caraïbe et toi Serge dans Gcam, pouvez-vous nous éclairer sur chacune de ces structures ?

VK : Doc Amazonie Caraïbe c’est une résidence d’écriture documentaire. Tu viens avec un projet de film et pendant 5 à 8 jours, on t’aide à faire émerger un film. Tu apprends à faire un pitch, c’est la session qu’il y a eu mercredi matin. Ce Pitch se fait devant des producteurs et des diffuseurs. Ce qui est très très important car quelques fois on n’a pas de producteur ou pas de diffuseur. C’est une chance inouïe de rencontrer des professionnels du broadcast de la télévision qui vont presque s’engager. Ces gens là payent pour venir nous écouter, ce n’est pas gratuit.

FNL : Et en tant qu’auteur comment fais-tu pour « entrer » dans Doc Amazonie Caraïbe ?

VK : Il y a un appel à projets. Selon des critères définis par AVM et Lumière du Monde, tu es retenu, ou pas… Une fois que tu es sélectionné, tu as 2 à 3 rendez-vous sur skype avec les accompagnateurs qui te font des retours sur ton projet, te posent des questions et essayent de mettre en avant les lignes de faiblesse ou de force. Pour moi c’est AVM qui m’a proposé de participer car j’avais un film et je ne voyais pas comment le traiter… J’étais prête à abandonner. Je suis ressortie de cet atelier avec un film !

FNL : Et Gcam ?

SP : C’est une association qui regroupe les professionnels de l’audiovisuel et du cinéma en Guyane. Elle a été créée il y a une dizaine d’années à Saint-Laurent, C’était en 2009, nous étions une dizaine avec une volonté commune : « faire entendre notre voix ». La Gcam est une association qui porte la parole des auteurs, réalisateurs, techniciens, de toute la Guyane. C’est aussi ouvert aux Antilles et ailleurs. Elle forme les techniciens, les producteurs et fait le lien entre la production et ceux qui réalisent, dans des accueils de tournage par exemple.

FNL : Quel lien y a t-il avec la commission du film ?

SP : La Gcam a répondu à un appel d’offre et la CTG nous a sélectionné. La Gcam avait pour souhait de gérer la commission du film et c’est une belle reconnaissance qu’elle ait obtenu ce marché. J’espère qu’elle va faire du « bon boulot ».

Propos recueillis par Marianne Doullay

3 questions à… Wilfried Jude

Dans le cadre des Ateliers Vidéo et Multimédias, Wilfried Jude encadre cette semaine les lycéens de Mana et Rémire-Montjoly. Il cherche à leur faire découvrir un savoir-faire dans le domaine de l’image et attend d’eux qu’ils représentent la Guyane de demain.

FNL : Quel est votre rôle au sein du FIFAC ?

WJ : Sur le Festival, je suis en charge du jury des lycéens. Il y a deux classes, l’une est de Rémire, l’autre de Mana, présentes sur le Camp de la transportation tout au long de cette semaine. Ces élèves doivent décerner le Prix des lycéens à la fin du festival. Ils élisent ainsi le documentaire le plus prometteur. Mais là n’est pas leur unique activité, ils rédigent également des critiques sur les différentes productions visionnées, qui seront ensuite publiées à la fois dans la Newsletter et sur le site du FIFAC. Sept autres élèves participent à la rédaction de ce quotidien et sont encadrés par des professionnels.

FNL : En quoi consiste l’éducation à l’image et pourquoi vous motive-t-elle ?

WJ : Je travaille dans ce milieu depuis un certain temps. Cependant, j’exerce à l’Atelier Vidéo et Multimédia depuis un an maintenant. Je suis davantage spécialisé dans l’éducation cinématographique et audiovisuelle, ce qui pour moi, est très important pour diverses raisons. Tout d’abord parce que partager et co-créer ensemble est un concept intéressant, et que cela nécessite une bonne cohésion de groupe et une entraide entre chaque personne. Notre objectif est que les personnes avec qui nous travaillons, qu’elles soient enfants, adolescents ou adultes, se sentent bien. Deuxièmement, cela nous permet de regarder le monde différemment et de prendre conscience de la place de l’image dans leur vie. Que racontent les images, que signifient-elles ? Nous prévenons les jeunes vis-à-vis des fausses informations véhiculées sur les réseaux et de leur donner des outils afin de savoir les différencier.

FNL : Vous encadrez des jeunes lycéens de Rémire-Montjoly et de Mana. Qu’espérez-vous de l’expérience qu’ils auront acquise d’ici la fin du festival ?

WJ : J’espère qu’ils se seront bien marrés. Etant plus jeune, j’ai eu la chance de participer à des festivals de cinéma notamment et d’en programmer quelques-uns par la même occasion. Je souhaite que ces lycéens s’immergent, se sentent à l’aise avec leur personnel encadrant et qu’ils s’amusent. Cet événement leur permet de rencontrer des professionnels, c’est ainsi une grande opportunité et une superbe expérience pour eux. L’exercice de l’écriture critique, qui occupe en majeure partie leur emploi du temps, les entraîne à structurer leurs pensées et à échanger avec les autres sur un sujet commun. Le but est d’aller au-delà de leur ressenti.

FNL : Quels sont vos projets d’avenir ?

WJ : Avec AVM, nous avons plusieurs projets en tête dans le but de développer des actions à visée éducative. D’un côté plus personnel, je m’essaie à la production de films expérimentaux : un petit budget, l’absence d’acteurs et des plans réalisés à l’aide de mon téléphone portable.

Propos recueillis par Honorine Huvelle et LaurieAnne Antoine

Ce journal est réalisé dans le cadre d’un atelier d’écriture journalistique.

Fifac Newsletter est éditée par l’Afifac. Directeur de la publication : Frédéric Belleney. Rédactrice en chef : Marianne Doullay. Secrétaire de rédaction : Nicole Bargigli. Comité de rédaction : les classes section cinéma de Cayenne et Mana avec Honorine Huvelle, Laurie-Anne Antoine, Christine Charles, Léa Brodin, Manaée Pancrate-Brunel, Pricella Pinas, Rafalskie Molie, encadrés par Sandra Quintin et Wilfried Jude.

S’accepter pour être accepté

« Fabulous » est un film documentaire d’une durée de 46 minutes, réalisé par la guyanaise Audrey Jean-Baptiste, en 2018.

A travers le portrait de Lasseindra Ninja, qui fait son retour en Guyane après une longue absence, la réalisatrice nous fait découvrir la communauté noire LGBTQIA+ par le voguing fem. C’est une danse inventée dans les clubs souterrains de New-York dans les années 80, s’inspirant des défilés de mode. La musique plus particulièrement, nous plonge dans l’univers des danseurs LGBTQIA+. Chaque sujet, danse et LGBTQIA+ permet de découvrir l’autre réciproquement, dans un long métrage très dynamique. 

Derrière cela, comme pour le  film-documentaire « Tournés vers la Mecque » de Mariette Monpierre,  présenté aussi au festival, on retrouve un besoin pour chacun de recherche et d’acceptation de soi mais aussi par les autres. On repère dans ces deux productions un monde séparé de la société,  un monde qui existe mais auquel on ne prête pas attention.

Cependant ce film nous invite à changer les  mentalités pour évoluer. Cette réalisation est vraiment intéressante, car elle fait tombé les préjugés. Elle nous amène à découvrir, voir les autres sous un regard nouveau, avec respect et vitalité.

A NE PAS RATER !

Benjamin Antoinette

Léo Dalquier

Ryenzo Icare    

Touyawalé Therese

Croire jusqu'à la folie

« Douvan jou ka leve » veut dire littéralement « demain, le jour se lève » . Réalisé en 2017 ce film de 52 minutes a déjà été projeté dans différents festivals.

« Douvan jou ka leve » cherche à comprendre pourquoi la religion chrétienne s’exprime avec autant d’intensité au sein de la population haïtienne , et mène parfois jusqu’à la folie. La réalisatrice parle même de « maladie de l’âme ». Pour comprendre ce phénomène, elle s’appuie sur l’exemple de sa maman qui souffre de maladie mentale. Cette dernière considère que la folie quelle a eu quasiment pendant un mois est une punition du vaudou pour s’être convertie au protestantisme.

La réalisatrice fait rentrer sa caméra dans des églises, dans un asile et dans la maison où elle a grandi. On est surpris de constater que de nombreuses personnes ont des attitudes similaires proche de la folie (état second, perte de contrôle, paroles irrationnelles), les symptômes d’une même maladie. Nous avons trouvé certaines scènes saisissantes, en particulier celles qui montrent les transes dans les églises.

Par moments, le documentaire n’est pas forcément facile à comprendre. C’est peut-être pour mieux refléter la complexité de la situation. En revanche, sur le plan esthétique, le documentaire est bien réussi (au niveau du cadrage), ce qui permet de renforcer la dramatisation de certaines scènes notamment en asile et au niveau des défilés dans les rues. Ce qui était parfois touchant c’est que certaines personnes considèrent que les problèmes et catastrophe sont liées à des malédictions. 

Ce documentaire est singulier car il exprime le point de vue de la réalisatrice. Selon son hypothèse, cette forte religiosité serait un héritage de la colonisation et de l’esclavage. Nous recommandons ce film car il permet de mieux comprendre la place de la religion en Haïti.

Jennyfer Farias

Stéphanie Jarumajaré

Rylian Icaré

Pang-Doua Yang

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